Le Registre foncier du Québec : 175 ans d’histoire

par Nathalie Arnaud, professionnelle au Bureau de l’Officier de la publicité foncière

Le Registre foncier du Québec soulignait en 2016 ses 175 ans d’existence. C'était une occasion unique de se remémorer son histoire et les nombreux changements qui ont fait du registre foncier ce qu’il est aujourd’hui.

Avant 1841, les contrats concernant les propriétés étaient principalement conservés dans les bureaux des notaires et les livres terriers des seigneurs. Ce n'est que lors de la proclamation de l'Ordonnance de 1841 qu’un système de publicité des droits a été établi pour tout le territoire du Bas-Canada. Le texte de cette ordonnance fait alors état  « (…) des pertes et maux considérables des transports secrets et frauduleux des propriétés foncières, et des hypothèques sur icelles, et de l’incertitude et manque de sûreté des titres aux terres dans cette Province, (…) ». Pour remédier à cette situation, la loi prévoit ainsi que seul le propriétaire qui détient un titre de propriété enregistré dans le registre voit son droit protégé et opposable aux tiers.

Durant les premières années d’existence, les nominations des régistrateurs sont fréquemment « politiques » ou « familiales », les pères nommant leurs fils pour leur succéder. Car, à cette époque, la nomination d’un régistrateur est « un droit politique que les femmes, dans notre province, n’ont pas la capacité d’exercer[i]. » Certains notaires occupent également le poste de régistrateur durant leur pratique. Afin qu'un bureau d'enregistrement puisse être dans la maison du régistrateur, celle-ci doit disposer d'une voûte à l'épreuve du feu.

Avant 1860, la publicité se fait en fonction des noms des parties au contrat. Les transactions sont inscrites en ordre chronologique dans un registre appelé « index des noms ». Avec le temps, ce système montre des lacunes importantes : la recherche est difficile lorsque des personnes portent le même nom, et le registre ne fournit aucune identification précise de la propriété.

La création du cadastre en 1860 entraîne celle d'un nouveau registre dans les bureaux d’enregistrement de l'époque : l'index des immeubles. Dorénavant, chaque immeuble a un numéro de lot identifié sur un plan et a sa propre page réservée dans le registre. Cela facilite alors énormément la recherche d'informations à l'égard d'un lot, favorisant ainsi le travail des professionnels du droit. Encore aujourd'hui, le principal registre tenu et consulté demeure l'index des immeubles.

De 1841 à 1947, les contrats présentés sont retranscrits par le régistrateur du bureau d’enregistrement, puis remis au requérant. Mais le 1er septembre 1947, la loi instaurant l'enregistrement des actes par dépôt entre en vigueur. Cette loi exige la présentation d'une copie supplémentaire du document présenté aux fins d’enregistrement afin d’être conservée dans les archives du bureau. La retranscription a été abandonnée en 1948.

Un tournant majeur a eu lieu à l’aube du présent millénaire, soit l’informatisation du registre foncier. À partir du 9 octobre 2001, un vaste programme de modernisation et d’informatisation du système du registre foncier a été entrepris. Cette réforme était nécessaire en raison de plusieurs facteurs :

  • Le système reposait sur des documents sur support papier, dont plusieurs dataient du milieu du XIXe siècle;
  • L’accumulation des documents entraînait une augmentation des coûts d’archivage et de conservation;
  • La dégradation de certains registres et d’anciens volumes était très avancée et elle s’accélérait;
  • Le support utilisé (format papier) faisait obstacle à toute amélioration du service, y compris l’accès à distance et les liens entre différents types d’information.

Cet important projet a occasionné le transport des documents et registres sur support papier vers la ville de Québec afin de les convertir en version électronique. Des millions de pages ont ainsi été numérisées, puis conservées dans les archives. La mise en place d’un système informatique inédit a été nécessaire afin d’être en mesure d’effectuer la consultation, l’inscription et la conservation des documents en mode électronique. Il faut noter que, durant toute la période de ce vaste chantier, il n’y a eu aucune interruption de service!

Toujours dans le souci de mieux servir la population, l’implantation du Service en ligne de réquisition d’inscription (SLRI) au cours des dernières années a permis de faciliter le contrôle et l’inscription des documents. Les professionnels du droit bénéficient désormais de plusieurs validations en ligne, leur permettant ainsi de prévenir certains refus.

Après toutes ces années, le registre foncier contribue toujours au développement économique du Québec en protégeant les droits immobiliers des citoyens, notamment grâce aux notaires qui participent à l’enrichissement de son patrimoine documentaire depuis maintenant 175 ans. L’intégrité, la fiabilité et la crédibilité des renseignements contenus dans le registre foncier, qui reposent en grande partie sur la qualité des actes publiés, constituent ses principaux atouts. Il s’agit d’un outil précieux d’information immobilière. C’est pourquoi le registre foncier continue sans cesse d’évoluer pour s’adapter aux réalités actuelles afin de bien répondre aux besoins de la clientèle de plus en plus diversifiée.



[i] Extrait d’une lettre datée du 19 décembre 1921, signée par l’Assistant-Procureur général, et dans laquelle il considère que la nomination d’une femme est absolument illégale.